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Jour 29 sur 30 · Conclusion

Prendre soin de soi n'est pas égoïste

7 min de lecture

On le remarque d'abord à de petites choses. Vous vous emportez pour un verre renversé qui vous aurait fait rire autrefois. Entendre votre prénom, appelé pour la vingtième fois, vous fait remonter les épaules. Vous restez éveillé à organiser dans votre tête la logistique du lendemain, puis vous vous réveillez avant le réveil. Quand quelqu'un vous suggère de prendre du temps pour vous, cela sonne comme une plaisanterie, ou comme une tâche de plus à laquelle vous échouez. Pourtant, prendre soin de soi n'est pas un luxe qui s'ajoute au rôle de parent. Cela en fait partie.

Pourquoi c'est important

Presque tous les bons conseils éducatifs vous demandent d'être le pilier : rester calme pendant une crise, écouter sans chercher à tout régler, poser une limite avec bienveillance. Tout cela suppose qu'il vous reste quelque chose dans le réservoir. Les enfants régulent leurs émotions en partie en empruntant les nôtres, et un parent chroniquement épuisé, anxieux ou débordé a tout simplement moins de calme à prêter. Ce n'est pas une faute morale ; c'est de la physiologie.

Les chercheurs ont un nom pour l'extrémité de ce spectre : le burn-out parental. Les psychologues belges Isabelle Roskam et Moïra Mikolajczak et leurs collègues le décrivent comme un épuisement écrasant lié au rôle de parent, une distance émotionnelle vis-à-vis de ses enfants, une perte de plaisir à être parent et le sentiment douloureux de ne plus être le parent qu'on était. Leurs recherches ont montré que le burn-out survient lorsque les exigences qui pèsent sur un parent dépassent durablement les ressources dont il dispose, et qu'il est associé à davantage d'irritabilité et à moins de chaleur envers les enfants. En 2024, l'administrateur de la santé publique des États-Unis a publié un avis sur la santé mentale et le bien-être des parents, soulignant que le stress parental est fréquent et mérite d'être traité comme une question de santé publique, et pas seulement comme une difficulté privée.

L'aspect encourageant de ces recherches, c'est que les ressources comptent. Le sommeil, le soutien d'un conjoint ou d'amis, un peu de temps rien qu'à soi et le fait de revoir à la baisse certaines exigences qu'on s'impose réduisent tous le risque. De petites recharges régulières aident généralement davantage qu'une grande évasion occasionnelle.

À essayer aujourd'hui

  1. Identifiez vos signaux d'alerte. Notez deux ou trois signes qui montrent que vous êtes à court d'énergie, comme vous emporter plus souvent, faire défiler votre téléphone tard le soir ou redouter l'heure du coucher. Les repérer tôt vous permet d'agir avant d'être complètement vidé.
  2. Réservez quinze minutes à quelque chose qui vous ressource. Pas des tâches ménagères, pas des courses. Une marche, une douche sans interruption, de la musique, une sieste, un appel à un ami. Inscrivez-le dans votre journée comme un rendez-vous, et prenez-le aussi au sérieux.
  3. Demandez une aide précise. Les offres vagues se transforment rarement en soutien réel. Essayez « Est-ce que tu pourrais emmener les enfants au parc samedi matin pendant deux heures ? » ou « Est-ce que tu pourrais aller les chercher à l'école jeudi ? » Il est plus facile de dire oui à une demande précise.
  4. Revoyez une exigence à la baisse cette semaine. Des légumes surgelés, une maison moins rangée, un coucher simplifié, un anniversaire amusant plutôt que parfait. Choisissez vous-même ce que vous lâchez, au lieu de laisser l'épuisement choisir à votre place.
  5. Expliquez-le à vos enfants, avec des mots simples. « Je suis fatigué et de mauvaise humeur, alors je vais prendre dix minutes pour boire un thé. Après, je viens jouer. » Vous leur montrez que prendre soin de ses émotions est normal et responsable.

Concrètement, ça donne quoi

Frédéric élève seul ses enfants depuis son divorce au printemps dernier : Clémence, douze ans, et Gabin, quatre ans, avec un travail à plein temps et une sœur qui ne cesse de proposer son aide. Mercredi soir, quand Gabin fait tomber un bol de céréales de la table, Frédéric crie si fort que les deux enfants se figent.

Plus tard, une fois Gabin endormi, il frappe à la porte de Clémence. « Dis. Je suis désolé d'avoir crié tout à l'heure. Ce n'était pas à cause de Gabin ni des céréales. Je suis vraiment fatigué, et je ne prends pas très bien soin de moi. » Clémence hausse les épaules, mais elle écoute. « Alors je vais demander à tante Sandrine de vous prendre tous les deux samedi matin, et moi je vais aller courir longtemps et dormir. Et désormais, quand je dirai que j'ai besoin de dix minutes, c'est de ça qu'il s'agira. » Clémence esquisse un sourire. « Est-ce que les dix minutes peuvent tomber quand c'est mon tour de faire la vaisselle ? »

Ça marche parce que Frédéric a fait deux choses à la fois. Il a réparé le lien avec sa fille, et il a transformé une vague promesse faite à lui-même en un plan concret impliquant un autre adulte. Clémence a aussi vu un parent prendre ses propres limites au sérieux, ce qu'elle devra elle-même savoir faire un jour.

Selon l'âge

Quand c'est difficile

« Je n'ai pas de temps pour moi. » C'est souvent vrai, surtout pour les parents solos et pour ceux qui s'occupent de plusieurs personnes à la fois. Commencez par ce qui est possible : cinq minutes d'air frais, un coucher plus tôt une fois par semaine, déjeuner assis. De toutes petites recharges répétées finissent par compter.

« J'ai l'impression d'être égoïste. » Pensez à ce que vous diriez à un ami dans votre situation. Vos enfants profitent d'un parent à qui il reste de l'énergie, de la patience et de la joie, et ils apprennent en vous voyant prendre vos propres besoins au sérieux. Prendre soin de vous, c'est prendre soin d'eux.

« Je fais tout ça et je me sens toujours très mal. » Alors il s'agit peut-être de plus qu'une fatigue ordinaire. La dépression post-partum touche de nombreuses mères et certains pères dans l'année qui suit une naissance, et le burn-out parental peut survenir quel que soit l'âge des enfants. Si la tristesse, l'anxiété, le sentiment de vide ou l'épuisement durent plus de deux semaines, ou si vous avez des idées de vous faire du mal, parlez-en à votre médecin, à votre sage-femme ou à la puéricultrice de PMI. Ces difficultés sont fréquentes, elles se soignent, et il n'y a aucune honte à avoir.

Les pièges courants

En une phrase

Un parent dont on prend soin peut mieux prendre soin des autres, alors vous occuper de vous est l'un des gestes les plus généreux que vous puissiez faire pour vos enfants.

Sources

Cet article est une information générale et ne remplace pas un avis médical ou psychologique. Si vous êtes inquiet pour votre enfant, parlez-en à un professionnel.