Peu de choses sont aussi déstabilisantes que de se faire prendre à part à la sortie de la crèche pour apprendre que votre enfant d'un an a mordu un camarade, ou de le voir vous envoyer une main ouverte au visage en plein fou rire. Il est utile de savoir que c'est l'un des comportements les plus fréquents de la deuxième année, et qu'il ne dit rien du caractère de votre enfant ni de votre façon d'être parent. À cet âge, taper, mordre et lancer ne sont pas de la méchanceté : c'est ce à quoi ressemblent de fortes émotions et une curiosité débordante dans un corps qui n'a presque aucun autre moyen de s'exprimer.
Pourquoi cela arrive à cet âge
Entre douze et vingt-quatre mois, votre tout-petit ressent des émotions aussi intenses que n'importe qui, avec un vocabulaire de quelques mots à peine. Quand un jouet convoité passe dans d'autres mains, il n'existe pas encore de « C'est à moi, rends-le-moi s'il te plaît » : c'est le bras qui part. Les zones du cerveau qui mettent une impulsion en pause avant l'action sont parmi les dernières à mûrir, et à un an elles commencent tout juste. Votre enfant ne décide pas de mordre pour ensuite le faire : l'envie et le geste arrivent ensemble.
Une partie n'a d'ailleurs rien à voir avec les émotions. À un an, on apprend en agissant sur le monde et en observant ce qui se passe. Jeter un gobelet de la chaise haute et l'entendre rebondir, c'est une expérience de physique ; taper le chien et l'entendre japper, c'est, pour un tout-petit, un résultat intéressant plutôt qu'une cruauté. Une grosse réaction d'un parent en est un autre.
La morsure a ses propres causes. Les dents percent pendant presque toute cette année, et serrer quelque chose de ferme soulage les gencives. Certains enfants recherchent aussi des sensations fortes par la bouche, surtout quand ils sont excités. Ajoutez un jardin d'éveil bondé, une sieste manquée, la faim ou la fatigue d'une longue journée en collectivité, et le seuil de passage à l'acte baisse nettement. Et parfois, le motif est simplement l'attention : une morsure fait se retourner à coup sûr tous les adultes de la pièce.
Ce qui aide
Réagir tout de suite, calmement, en très peu de mots. Votre enfant a besoin de relier le geste à votre réaction en quelques secondes, et d'un message assez court pour être compris. Mettez-vous à sa hauteur, retenez sa main ou éloignez-le doucement, et dites : « On ne mord pas. Mordre, ça fait mal. » Employez les mêmes mots à chaque fois. Gardez une voix ferme et neutre plutôt que fâchée ou blessée.
Aller d'abord vers l'enfant qui a mal. Si votre tout-petit a mordu ou tapé un camarade ou un frère ou une sœur, occupez-vous de celui qui a mal avant de dire quoi que ce soit au vôtre : « Aïe, ça a fait mal à Léo. On regarde si ça va. » Cela fait deux choses : votre enfant voit à quoi ressemble le soin, et le geste ne devient pas le moyen le plus rapide de vous avoir pour lui.
Montrer quoi faire à la place. Un enfant d'un an ne sait pas remplacer seul un « non » par une meilleure idée, alors donnez-la-lui. Après « On ne tape pas », prenez sa main et caressez votre bras avec en disant « doucement, les mains ». Pour celui qui mord, gardez un anneau de dentition ou un gant de toilette propre et froid à portée : « Ça, tu peux le mordre. » Pour celui qui lance : « Les balles, ça se lance », en lui tendant une balle en mousse, ou emmenez les lancers dehors. Répétés pendant des semaines, ces gestes deviennent ceux vers lesquels votre enfant se tourne.
Repérer les déclencheurs et intervenir avant le moment critique. La plupart des incidents suivent un schéma dès qu'on le cherche. C'est peut-être toujours la dernière demi-heure avant le déjeuner, toujours le coin le plus animé du jardin d'éveil, toujours quand tel cousin vient à la maison. Gardez une compote ou un biscuit dans le sac, arrivez tôt quand c'est encore calme, protégez la sieste et restez à portée de bras pendant les passages à risque, pour pouvoir sortir votre enfant de la mêlée avant que ça déborde.
Mettre des mots sur l'émotion et sur l'envie. Même si votre tout-petit ne peut pas le dire, vous l'entendre dire construit le vocabulaire qu'il utilisera l'an prochain. « Tu es fâché. Tu voulais le camion. » « Tu es fatigué, et il y a tellement d'enfants ici. » Puis proposez une alternative simple : « Dis "à moi" ou viens me chercher. » Avec le temps, certains enfants se mettent à utiliser le mot au lieu de se jeter en avant.
Remarquer à voix haute les gestes doux et garder la même réponse partout. À cet âge, les encouragements enseignent mieux que les reproches ; commentez-les dès que vous les voyez : « Tu as caressé la poupée tout doucement, c'est gentil. » Veillez ensuite à ce que tous ceux qui s'occupent de votre enfant emploient les mêmes phrases courtes et la même réaction calme, grands-parents et professionnels de la crèche compris. Si cela se passe surtout en collectivité, demandez à l'équipe ce qu'elle dit et fait, et faites de même à la maison ; demandez aussi si un adulte pourrait rester près de votre enfant aux moments chargés pendant une ou deux semaines. C'est un message cohérent venu de toutes parts qui finit par s'ancrer.
Ce qu'il vaut mieux éviter
Mordre ou taper en retour « pour qu'il sache ce que ça fait ». Un enfant d'un an ne peut pas faire ce raisonnement. Ce qu'il retient, c'est que la personne la plus grande de la pièce mord quand elle est fâchée, soit exactement l'inverse de ce que vous voulez transmettre.
Les longues explications. Un discours sur la gentillesse après une morsure passe au-dessus de la tête d'un tout-petit et peut transformer l'incident en long moment d'attention. Deux phrases courtes, puis on passe à autre chose.
Le coin ou le temps de pause formel. Rester seul sur une marche à réfléchir à son erreur dépasse les capacités d'un enfant d'un an, et se retrouver seul avec une grosse émotion l'aggrave généralement. Mieux vaut l'éloigner brièvement de la situation et rester avec lui jusqu'à ce qu'il se calme.
Rire, pousser un cri ou en faire tout un drame. Difficile de ne pas réagir quand un petit bonhomme vous frappe avec une cuillère en bois, mais une grande réaction, amusée ou contrariée, est précisément le résultat intéressant que cherchait votre petit expérimentateur. Gardez un visage neutre et peu de mots.
Les étiquettes. « Vilain », « le mordeur », « un enfant si agressif » : votre tout-petit écoute plus qu'il n'y paraît, et il finira par ressembler à la description s'il l'entend assez souvent. Nommez le geste, pas l'enfant.
Punir à la maison pour ce qui s'est passé à la crèche. Le soir venu, votre enfant n'a aucune idée de ce dont vous parlez. C'est la réaction de l'équipe sur le moment qui enseigne ; votre rôle à la maison est de convenir d'une approche commune avec elle et de garder une soirée sereine.
Quand demander de l'aide
La plupart des enfants d'un an cessent de taper et de mordre dans l'année qui suit, à mesure que le langage et la maîtrise de soi progressent, surtout quand les adultes autour d'eux réagissent avec calme et cohérence. Parlez-en à votre pédiatre, à votre médecin traitant ou à la PMI si :
- l'agressivité est très fréquente ou intense et ne s'est pas atténuée après plusieurs semaines d'une réponse stable et cohérente de la part de tous ceux qui s'occupent de votre enfant ;
- elle semble surgir de nulle part, sans déclencheur que vous ou l'équipe de la crèche puissiez identifier ;
- elle s'accompagne d'autres choses qui vous inquiètent, comme peu ou pas de mots à dix-huit mois, peu d'intérêt pour les autres enfants ou pour partager votre attention, ou la perte de compétences que votre enfant avait acquises ;
- votre enfant se fait mal, par exemple en se mordant le bras ou en se cognant la tête, au point de laisser des marques ou sans que vous parveniez à l'interrompre ;
- vous avez du mal à garder votre calme, ou vous remarquez que vous gérez ces moments d'une façon que vous regrettez. Recevoir du soutien fait partie de la solution, ce n'est pas un échec.
Aucun de ces signes ne veut dire que quelque chose ne va pas, mais chacun mérite une vraie discussion avec quelqu'un qui connaît votre enfant.
Sources
- American Academy of Pediatrics, HealthyChildren.org, « Biting »
- American Academy of Pediatrics, HealthyChildren.org, « Aggressive Behavior »
- ZERO TO THREE, « Toddlers and Biting: Finding the Right Response »
- NHS (Royaume-Uni), « Dealing with child behaviour problems »