Vers l'âge de sept ans, beaucoup de familles arrêtent discrètement de lire à voix haute. L'enfant sait lire maintenant, les soirées sont chargées, et l'on a l'impression d'une mission accomplie. Avant cela, certains parents n'ont jamais vraiment commencé, parce que le bébé mâchouillait le livre ou que le tout-petit voulait la même histoire quarante soirs de suite. Pourtant, lire ensemble est l'une des rares habitudes utiles à chaque âge, des premiers mois aux dernières années à la maison, et elle ne demande qu'un livre, quelques minutes et votre voix.
Pourquoi c'est important
Quand vous lisez à un jeune enfant, vous lui offrez des mots qu'il entend rarement dans les conversations de tous les jours. Les albums contiennent un vocabulaire plus rare et des phrases plus complexes que la plupart des échanges à la maison, et les enfants s'en imprègnent. L'Académie américaine de pédiatrie recommande de lire à voix haute dès la petite enfance, parce que la lecture partagée soutient le langage, les premiers apprentissages de l'écrit et la relation elle-même. Des travaux d'imagerie cérébrale menés par John Hutton ont montré que chez les enfants d'âge préscolaire issus de foyers où l'on lisait davantage, les zones du cerveau liées à la compréhension du langage et à la formation d'images mentales s'activaient plus fortement pendant l'écoute d'une histoire.
La façon de lire compte autant que la fréquence. Le psychologue Grover Whitehurst et ses collègues ont mis au point une approche appelée lecture dialogique, dans laquelle l'adulte pose des questions, écoute et rebondit sur les réponses de l'enfant, de sorte que l'enfant devient peu à peu le conteur. Dans leurs premières études, les tout-petits dont les parents lisaient de cette façon pendant quelques semaines seulement avaient plusieurs mois d'avance en langage expressif par rapport aux enfants dont les parents lisaient de manière habituelle. Le livre devient une conversation, pas un spectacle.
Pour les enfants plus grands et les adolescents, les bénéfices changent de forme. Entendre un livre lu au-dessus de son propre niveau de lecture enrichit le vocabulaire et la compréhension. Partager une histoire vous donne aussi un tiers rassurant dont parler : il est plus facile d'évoquer la trahison, le deuil ou le premier amour d'un personnage que les siens.
À essayer aujourd'hui
- Choisissez dix minutes qui existent déjà. Le coucher est un classique, mais le petit-déjeuner, le bain, une salle d'attente ou un trajet en voiture font aussi l'affaire. Un créneau court et régulier vaut mieux qu'un long moment occasionnel.
- Laissez votre enfant choisir le livre, encore et encore. C'est par la répétition que les jeunes enfants maîtrisent le langage. Pour les plus grands, une bande dessinée, la biographie d'un sportif ou un roman tiré d'un jeu vidéo comptent autant qu'un classique.
- Faites une pause et posez une vraie question. « À ton avis, que va-t-il se passer ? » « Pourquoi crois-tu qu'elle a dit ça ? » Puis attendez plus longtemps que ce qui vous semble confortable. C'est dans le silence que la réflexion se fait.
- Rebondissez sur ce qu'il dit. Si votre tout-petit montre l'image en disant « Chien ! », ajoutez un peu : « Oui, un gros chien plein de boue qui saute dans la flaque. » Si votre enfant de dix ans dit que le méchant est bête, demandez : « Qu'est-ce que tu aurais fait à sa place ? »
- Arrêtez-vous quand il en veut encore. Terminez sur un moment de suspense quand vous le pouvez. « On saura demain » fait de la lecture un moment qu'on attend avec impatience, pas une tâche à terminer.
Concrètement, ça donne quoi
Jade, quatre ans, est sur les genoux de sa grand-mère avec un livre usé jusqu'à la corde qui raconte l'histoire d'un renard qui a perdu son écharpe. Mamie Françoise l'a lu peut-être cent fois. Ce soir, elle essaie quelque chose de nouveau : elle s'arrête avant le dernier mot de chaque page.
« Alors le renard a cherché sous le pont son… » Elle attend. « Écharpe ! » crie Jade. « Son écharpe, reprend Mamie Françoise. Et regarde, qui porte quelque chose de rouge ? » Jade examine l'image, puis pousse un petit cri et montre le blaireau. « C'est lui qui l'a prise ! » « Comment se sent le renard, à ton avis ? » Jade fronce les sourcils et fait la moue. « Grognon. Très grognon. » « Grognon et un peu triste, peut-être », dit Françoise. « Et toi, qu'est-ce que tu ferais si quelqu'un te prenait ton écharpe ? » Jade y réfléchit très sérieusement, longtemps. « Je demanderais gentiment. Et après, je serais fâchée. »
Le livre est le même ; la lecture est complètement différente. Jade n'est plus spectatrice. Elle fait des prédictions, décrit des émotions, relie l'histoire à sa propre vie et s'exerce à de nouveaux mots dans un cadre chaleureux et sans précipitation. C'est la lecture dialogique en quelques mots.
Selon l'âge
- 0–2 ans : Livres cartonnés, chansons et comptines. Montrez et nommez, laissez-le tourner les pages, mâchouiller les coins, et arrêtez quand il se tortille pour partir. Deux minutes de lecture joyeuse suffisent largement.
- 3–6 ans : Posez des questions ouvertes, laissez-le finir les rimes et reliez l'histoire à sa journée : « Tu te souviens quand on a vu le camion de pompiers ? » Relisez les histoires préférées sans vous plaindre ; à chaque fois, il comprend davantage.
- 7–11 ans : Continuez à lire à voix haute même s'il sait lire seul. Choisissez des livres un peu au-dessus de son niveau, lisez une page chacun votre tour, ou lisez tous les deux le même livre et échangez vos impressions.
- 12–16 ans : Écoutez un livre audio ensemble pendant les longs trajets, lisez le même roman ou le même article et discutez-en, ou demandez-lui de vous recommander quelque chose. Le but, ce sont des histoires partagées, pas la surveillance.
Quand c'est difficile
« Mon enfant ne tient pas en place pour un livre. » Beaucoup de jeunes enfants, surtout les très actifs, écoutent en bougeant. Laissez-le jouer aux cubes sur le tapis pendant que vous lisez, mimez l'histoire ou choisissez des livres avec des rabats et des sons. L'attention pour les histoires se développe avec l'entraînement, et un moment court et joyeux vaut mieux qu'un long moment forcé.
« Je lis mal, ou je ne suis pas à l'aise dans la langue. » Vous n'avez pas besoin de lire parfaitement. Racontez l'histoire à partir des images, lisez dans la langue que vous maîtrisez le mieux, ou écoutez un livre audio ensemble et parlez-en ensuite. Ce qui compte le plus, c'est la conversation et la proximité, pas une lecture sans faute.
« Mon ado trouve ça bébé. » Changez alors la forme, pas l'objectif. Laissez sur son lit un livre qui pourrait lui plaire, lisez à voix haute un article intéressant au petit-déjeuner, ou demandez-lui ce qu'il lit et écoutez vraiment la réponse. Beaucoup d'adolescents apprécient une trilogie ou un livre audio partagé, s'il est présenté comme un choix plutôt que comme une règle familiale.
Les pièges courants
- Transformer chaque page en interrogation. « C'est quelle lettre ? C'est quelle couleur ? » peut vite tuer le plaisir. Posez des questions qui invitent à réfléchir et à ressentir, pas seulement à donner la bonne réponse.
- Faire de la lecture une punition ou une corvée. « Vingt minutes de lecture ou pas d'écran » apprend aux enfants que les livres sont le prix à payer pour s'amuser. Gardez les livres du côté du plaisir.
- Arrêter dès qu'il sait lire seul. La lecture autonome et la lecture partagée ne remplissent pas la même fonction. Continuez les deux aussi longtemps que votre enfant vous le permet.
En une phrase
Lire ensemble, en en faisant une conversation, développe le langage et la complicité à tous les âges, et il suffit d'un livre et de dix minutes.
Sources
- American Academy of Pediatrics (Académie américaine de pédiatrie), "Literacy Promotion: An Essential Component of Primary Care Pediatric Practice" (déclaration de principe, Pediatrics, 2014)
- Whitehurst, G. J., et al., "Accelerating language development through picture book reading" (Developmental Psychology, 1988)
- Hutton, J. S., et al., "Home reading environment and brain activation in preschool children listening to stories" (Pediatrics, 2015)